• Amandine Gauthier

Bien-être numérique : une recette à éprouver

(Texte initialement écrit pour la formidable Agence la Flèche)


4 h 05. C’est le temps moyen que j’ai passé chaque jour sur mon téléphone dans les sept derniers jours. Soit très exactement 16,6 % de ma journée ou, pour être plus honnête, 25 % de mon temps éveillé.



Je vais le réécrire pour bien digérer cette information : je passe un quart de mon temps sur mon cellulaire.


Je travaille à temps plein, j’ai une famille avec deux enfants en bas âge, une vie sociale bien remplie. Je fais du yoga, je vais beaucoup au théâtre, j’adore le plein air, je voyage. J’ai de nombreux intérêts, passions et envies. Je prône le slow living et le minimalisme, je suis même professeure de méditation à temps perdu. Un peu plus et je pourrais animer un compte Instagram inspirant sur le bien-être et l’équilibre au quotidien. Et pourtant.


Si on ajoute à ma consommation cellulaire le temps passé devant mon ordinateur, on dépasse dangereusement la barre fatidique des 12 h par jour, soit plus des trois quarts de mon temps éveillé. À ma défense, j’utilise principalement les écrans à des fins professionnelles : pour écrire, faire des recherches, gérer des projets ou animer des réseaux sociaux. Et puis, après tout, je communique beaucoup. J’interagis, j’échange, je partage, je commente, je discute. Voilà. Ce ne sont pas juste des écrans, c’est tout un univers, mon village numérique à moi.


Et ma santé mentale dans tout ça?


Sauf que tous le disent, notre chef de village Tim Cook en tête : nos écrans portatifs sont dangereusement addictifs et nuisent à notre santé mentale. La révolution numérique a été si rapide que la vague nous a emportés sans que nous ayons eu le temps de trouver notre point d’ancrage. Au point de parler d’une épidémie de dépendance, surtout chez les plus jeunes. Stress, irritabilité, problèmes de sommeil ou troubles de l’attention : autant de dommages collatéraux auxquels on nous sensibilise sans cesse sans que nous réussissions à trouver notre équilibre.


Comble de l’ironie, ce sont les géants du numérique, Apple et Google en tête, qui se sont mis à développer des applications de bien-être numérique. Tels des Gwyneth Paltrow de la détox numérique, ils nous proposent des moyens pour comptabiliser notre temps d’écran, allant jusqu’à indiquer le nombre de notifications reçues et le nombre exact de minutes passées sur chaque réseau social. Faites l’exercice, c’est généralement assez édifiant et peu glorieux. Bien sûr, on nous offre la possibilité de programmer notre appareil pour qu’il bloque nos accès, histoire de contrôler nos pulsions. Mais est-ce vraiment ce qu’on souhaite? Être avalés par la machine au point d’accepter que ce soit elle qui nous dicte notre comportement numérique? Un peu plus et on remercierait Big Brother lui-même.


Conscience et modération 


Conscientes de l’urgence de faire autrement, nombreuses sont les entreprises qui mettent en place des programmes favorisant la santé numérique de leurs employés. De leur côté, les familles se mobilisent également afin de sensibiliser leurs enfants aux dangers des excès et d’une mauvaise utilisation du numérique. Dans une étude rendue publique l’automne dernier, 81 % des parents canadiens s’entendaient pour dire qu’« il est important pour l’avenir de leur enfant d’aborder d’un œil critique la façon d’utiliser la technologie numérique ».


Et il semblerait que la réponse réside non pas dans une solution unique, mais bien dans une prise de conscience collective de nos excès et dans l’importance qui sera donnée à la littératie numérique, soit l’ensemble des pratiques éthiques, sociales et réflexives que nous mettrons en place.


Bref. Connectons-nous, mais faisons-le avec modération et pertinence. Source infinie de créativité et d’intelligence collective, le numérique nous permet de développer des contenus porteurs de sens s’il est utilisé avec discernement. Construisons un village à notre image : enraciné dans des valeurs qui nous rassemblent, fier de son unicité, solidaire et riche de sa diversité. Et reconnectons-nous aussi souvent que possible au vrai, à l’humain, à tout ce qui nous entoure.

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© 2019 par Amandine Gauthier

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